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Vanity Fair: interviews de Lisa Robinson, de 1977 à 1984.

Voici la traduction intégrale de l'article paru dans le numéro du mois de septembre 2009 de Vanity Fair.


Il s'agit d'une compilation de différentes interviews menées par Lisa Robinson, de 1977 à 1984.

Hôtel Westin Crown Center, Kansas City, dans le Missouri, 23 février 1988.
Michael Jackson vient de terminer le concert d’ouverture de son Bad Tour et son manager Frank DiLeo a organisé pour moi une rencontre avec la star dans sa suite. Pas de gestionnaires, pas de gardes du corps, pas de parasites, pas de membres de la famille (ce qui est inhabituel), mais nous connaissons une relation journaliste/artiste amicale depuis 16 ans, et Michael a demandé à me voir. A Kansas City, sa suite était luxueuse, de la taille d’un petit appartement, mais lorsque je suis entrée, grâce à un agent de sécurité, Michael n’était nulle part. « Michael ? », ai-je appelé en parcourant la pièce. Quelques minutes plus tard, j’ai entendu un gloussement derrière la porte. Michael Jackson, 29 ans, était littéralement en train de jouer à cache-cache. Il est apparu, vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise rouge vif, ses cheveux rassemblés en une demie queue-de-cheval, avec quelques mèches encadrant son visage. Il m’a embrassée. Il était plus grand que dans mes souvenirs, plus grand que sur les photos, et alors qu’il continuait à rigoler, je pensais que son étreinte était celle d’un homme (et non pas d’un garçon), et bien qu’il n’y ait rien de sexuel, cette étreinte était très forte. Puis il s’est reculé, m’a regardée, et a dit, de la voix la plus basse et la plus « normale » des deux voix qu’il était capable de produire à volonté : « Qu’est-ce que ça sent ? Qu’est-ce que c’est que ce parfum ? Je connais cette odeur ». J’ai ri. « Oh Michael, vous ne connaissez pas ce parfum. C’est un vieux parfum pour travesti qui date des années 50 ». A l’énoncé du mot « travesti », il a commencé à rigoler et à répéter : « Travesti… hahahahahaha !!! Non, je le connais. C’est Jungle Gardenia, j’ai raison ? ». J’étais plus que légèrement surprise. « Comment connaissez-vous ça ? Les seules personnes qui aient jamais reconnu ce parfum sont Bryan Ferry et Nick Rhodes. Eh bien, je pense que vous n’êtes pas aussi « la-la » qu’on le dit. L’expression « la-la » l’a fait craquer et il a répété ! « La-la… hahahahahaha !!! ».
Quelques jours plus tard, je lui ai fait envoyer le parfum Jungle Gardenia dans sa suite du New York City Helmsley Palace. La soir suivant, le 2 mars, j’étais dans les coulisses du Radio City Hall, tandis que Michael attendait avec le groupe de Gospel les Winans, qui étaient sur le point d’interpréter « Man In The Mirror » pour le direct des Grammy Awards. Il m’a regardée et m’a murmuré : « Merci pour le parfum… Je le porte en ce moment même ».

Avant la compagnie des animaux, avant qu’il ne se touche l’entrejambe sur scène, avant l’excès de chirurgie plastique, avant les déguisements, avant les mariages suspects, avant la conception mystérieuse de ses enfants, avant l’addiction aux médicaments et les insomnies, et même avant les amitiés avec ses stars vieillissantes, les séjours à l’hôpital, les soi-disant brouilles avec la famille, les dépenses effrénées, les bibelots grotesques, le ranch fantasyland, les prisonniers philippins qui dansent ses chansons en formation, et certainement bien avant les accusations de pédophilie et le procès, Michael Jackson a été l’un des artistes interprètes les plus talentueux, adorables, enthousiastes, doux et exubérants que j’ai jamais interviewé. De 1972 à 1989, j’ai passé du temps avec Michael dans la maison familiale d’Encino, en Californie, à New York, dans les coulisses de ses concerts, à des fêtes, au Studio 54, et au téléphone. Et en 1972, alors que Michael avait 14 ans, et alors que je croyais qu’il en avait 12 (il avait 10 ans lorsqu’il a intégré la Motown mais on disait qu’il avait 8 ans parce qu’il semblait plus mignon), nous avons procédé à la première de nombreuses interviews.

Hayvenhurst, Encino, Californie, 8 octobre 1972.

Un écriteau sur le portail de la maison familiale des Jackson dit : « Attention aux chiens de garde », avec le numéro de téléphone de l’endroit où les chiens avaient été entraînés (« pour leur faire de la publicité », me dira Michael plus tard). Selon Michael, Liberace vivait de l’autre côté de la rue, et les Jackson lui rendaient visite et regardaient ses diamants. La famille avait un berger allemand qui s’appelait Heavy, et un doberman qui s’appelait Hitler (le batteur du groupe l’avait appelé Hitler), mais lorsqu’ils parlaient de ce chien en interview ils l’appelaient Duke. Le fond de la piscine est décoré deux dauphins bleus. Des citrons et des mandarines poussent sur des arbres autour du bassin. Michael me fait visiter les alentours de la maison : le bassin, les animaux, son espace - avec deux lits, une horloge avec les fuseaux horaires de plusieurs villes, une télé, un téléphone (il y a aussi un téléphone dans la maison). Il grimpe aux arbres, il danse quelques pas, il est extraverti, curieux, drôle. J’appelle un ami et je lui dis : « Ce gosse va devenir le plus grand artiste de tous les temps, sérieusement, comme Frank Sinatra ».

Lisa Robinson : Le groupe va bientôt se produire à Londres ?
Michael Jackson : Oui… et j’irai faire du shopping là-bas, j’achèterai beaucoup de souvenirs, des antiquités… Vous avez déjà entendu parler de Napoléon ?
L.R. : Oui
M.J. : Je veux le voir aussi
L.R. : Vous voulez dire les monuments ? Sa tombe ? A Paris ?
M.J. : Vous avez vu ça ? Quelle compagnie aérienne avez-vous pris ?
L.R. : Eh bien plusieurs. Pan Am, TWA, Air France…
M.J. : Quel genre de dictaphone utilisez-vous ?
L.R. : Un Sony [Une discussion s’en est suivie sur la taille du dictaphone, sur le fait que s’il en existait de plus petits, les gens pourraient les cacher pendant les concerts, enregistrer, et faire des bandes pirates.] Les gens sont vraiment excités à l’idée que vous alliez jouer en Angleterre.
M.J. : Je sais, je reçois beaucoup de lettres, alors nous avons décidé d’y aller. Mais nous voulons que ce moment soit le plus grand… pour la Reine.
L.R. : Ah…vous allez jouer pour la Reine. Son palais est énorme…
M.J. : Vous l’avez vu ?
L.R. : Eh bien, uniquement de l’extérieur. D’autres groupes vous ont-ils parlé de ce que c’était de jouer pour la Reine ?
M.J. : Eh bien, les Supremes et les Temptations nous ont dit quelques trucs. Vous avez déjà entendu parler de Marty Feldman ? [J’ai répondu oui]. Quand les Supremes sont allées là-bas, Ringo Starr est allé faire du shopping avec elles. Mais je ne sais pas à quoi le public va ressembler, s’il sera calme ou pas.
L.R. : Qu’aimez-vous faire de votre temps libre ?
M.J. : Nager… jouer au billard… Nous ne sortons pas beaucoup de la propriété parce que nous avons tout ici. Quand nous vivions dans l’autre propriété, nous allions au parc pour jouer au basket, mais maintenant nous avons tout ici.
(Michael me pose plus de questions que je ne lui en pose à lui ; il me parle de mon vernis à ongles bordeaux, d’acheter des antiquités à Portobello Road, du Apollo Theater, du Madison Square Garden)
L.R. : Avez-vous déjà eu peur sur scène ?
M.J. : Non. Si on sait ce qu’on fait, on n’a pas peur sur scène.

 

Interview avec Michael, aux alentours de 1974.


L.R. : Les gens vous disent-ils ce que vous devez faire ?
M.J. : Eh bien, je n’aime pas cesser d’apprendre, même Stevie Wonder dit ça. Si on arrête d’apprendre, on est mort. Les gens ont l’habitude de nous dire quoi faire et nous les écoutons, mais nous faisons notre propre musique, aussi… Nous avons en permanence des gens qui travaillent avec nous, mais il n’est pas question que nous soyons des marionnettes [rires], pas question.
L.R. : Qu’allez-vous faire pour votre show télé ?
M.J. : Je suis habitué à être mis en évidence lors d’un spectacle, mais je fais aussi différentes choses, comme danser. C’est quelque chose de très « show biz », on met le funk en avant, et à la fin on se prend une bonne claque, c’est ce que les fans aiment.
L.R. : Des projets d’acteur ? Des films ?
M.J. : J’étais supposé jouer dans Roots, mais le tournage avait lieu pendant notre propre show télé, donc je ne pouvais pas le faire, j’ai eu une proposition pour ça. C’est le genre de chose que j’aimerais faire pour mon premier film, un grand téléfilm, pour que le plus grand nombre puisse le voir.
L.R. : Quels autres projets avez-vous dans le futur ?
M.J. : Je voudrais écrire, parce qu’un artiste sait ce qui s’adapte le mieux à lui. Tous les artistes ne peuvent pas écrire leurs propres textes, mais si on le sent qu’on peut le faire, comme Marvin Gaye ou Stevie Wonder, alors on doit le faire. Au début, les gens ne pensaient pas que Stevie pouvait s’enregistrer lui-même, ils pensaient qu’il prenait un risque. Puis il a fait ses albums et c’était de la dynamite.

Pour moi, les ballades sont spéciales, car on peut avoir une chanson pop dont on se souviendra pendant trois semaine puis on n’en entendra plus parler. Personne d’autre ne va l’enregistrer et elle sera perdue. Mais si on fait une bonne ballade, elle restera pour toujours. Comme « Living for the City [de Stevie Wonder], c’est une grande chanson, elle ouvre les esprits de beaucoup de gens, mais elle ne restera pas aussi longtemps que « My Chérie Amour », ou « For Once in my Lide » ou « You Are The Sunshine of my Life ».
Michael Jackson

Hôtel Warwick, New York, 5 février 1975.


La famille Jackson au grand complet est en ville pour le concert des Jackson 5 au Radio CityMusic Hall. Michael est tour à tour drôle, comme à son habitude extraverti, puis plus calme et pensif. Son acné s’est déclarée ; il m’avoue que ses frères l’ont taquiné à ce sujet.
L.R. : Qu’est-ce qui a été différent pour vous sur ce dernier album [Dancing Machine] ?
M.J. : Je chante librement. Pour la première fois j’ai pu faire comme je voulais.
L.R. : Que voulez-vous dire par « librement » ?
M.J. : Eh bien, quand on vous dit comment faire, vous n’êtes pas vous-même.
L.R. : Et que vous disait-on de faire ?
M.J. : De chanter ces mots de cette façon, cette ligne de cette façon, de monter et de descendre, et ceci et cela. Ce n’est pas « vous ». Et vous essayez de rester en dehors de « vous ». Comme Gladys Knight, elle chante librement et regardez comme elle est superbe, et c’est la meilleure façon de faire.
L.R. : Et comment est-ce de travailler avec Stevie Wonder ?
M.J. : C’était un vrai plaisir parce qu’il vous laisse chanter librement. Seul un chanteur et un producteur-chanteur sait ce qu’il fait, parce qu’il chante aussi.
L.R. : Est-ce que vous êtes sorti récemment ?
M.J. : Non… J’aime bien rester à la maison, près de la cheminée, en train de lire…
L.R. : Quel genre de livres lisez-vous ?
M.J. : Toutes sortes de choses… le dictionnaire, des livres d’aventures. J’ai eu quatre semaines de repos et je suis resté à la maison. Je n’aime pas trop aller dans les fêtes… J’aime les fêtes où on peut parler, une cheminée et un piano, et où il y a des artistes, c’est encore mieux. Vous allez voir beaucoup de concerts, n’est-ce pas ? Vous y allez gratuitement ? Quel est le dernier concert auquel vous ayez assisté ?
L.R. : Led Zeppelin
M.J. : C’était bien ?
L.R. : Oui. C’était fort. Rock. Avez-vous eu la chance d’y aller souvent ? Ou vous ne voulez pas y aller ?
M.J. : Je veux y aller, mais où que j’aille, il y a toujours des problèmes. Mais il n’y a que comme ça qu’on peut savoir ce qu’il se passe ailleurs.

Hôtel Plaza, New York, Février 1977.


Pour une scéance photos, Michael porte un pull bleu, un pantalon bleu, une chemise blanche, et, pour une raison inconnue, un pins des E.L.O (Electric Light Orchestra). Son garde du corps et un ami publiciste l’accompagnent, et quand arrive le moment des photos, le publiciste l’appelle dans une autre pièce pour lui dire d’enlever son t-shirt ; à son retour, Michael dit qu’il aurait pu lui dire ça devant tout le monde. Il est arrivé tard la veille au soir et reste un jour de plus pour aller voir « The Wiz » avec Stephanie Mills (une rumeur disait qu’une fausse relation amoureuse avec elle avait été fabriquée pour calmer les fans féminines noires de Michael qui étaient bouleversées par le fait qu’on ne l’avait jamais vue avec une jeune fille noire). « Je l’ai déjà vu [The Wiz] trois fois », me dit Michael. Nous discutons des oiseaux, Michael a passé la matinée au zoo du Bronx et a visité la volière ; il dit aimer les oiseaux exotiques et en a possédé quelques uns, mais ils faisaient beaucoup de bruit, particulièrement pendant la saison des amours, et habituellement la nuit, et les voisins s’en plaignaient, alros il a dû les donner. C’était sa première visite au zoo du Bronx. Il se demande si Coney Island est toujours aussi bien. Il parle de Disneyland, où il est allé de nombreuses fois, et de Disney World : « Disney World est mieux, c’est plus qu’un monde, comme ils disent. C’est une station, ils ont tout, golf, tennis, hôtels, on s’amuse tout le temps ».

Questionnaire standard rempli par Michael Jackson, 18 ans en 1977.


Que faîtes-vous de votre temps libre ?
Lire, penser, écrire des chansons.
Quel est votre sport favori ?
Nager.
Voulez-vous vous marier ?
Plus tard.
Quel genre de fille/garçon voudriez-vous épouser ?
Gentil.
Combien d’enfants voudriez-vous avoir ?
20. Adoptés. De toutes races.
Décrivez brièvement la fille/le garçon de vos rêves.
D’une grande beauté à tous points de vue.
Quel genre de personnes n’aimez-vous pas habituellement ?
Méchantes.
Que feriez-vous si on vous donnait un million de dollars ?
Investir.
Quel est le plus grand frisson de votre vie ?
Trouver ce que je recherche.
Qui vous a le plus aidé dans votre carrière ?
Mon père, l’expérience.
De tous les artistes avec qui vous avez travaillé, qui admirez-vous le plus ?
Fred Astair (sic), Stevie Wonder.
Qu’aimez-vous le plus dans le travail?
Apprendre.
Que détestez-vous le plus dans le travail ?
Argumenter.
Quelle serait votre bien le plus précieux ?
Un enfant, des paroles de sagesse.
Avez-vous peur d’un animal, une superstition ?
Non.
Quel est votre acteur préféré ?
Heston, Brando, Bruce Dern.
Quelle est votre actrice préférée ?
Garland, Bette Davis.
Avez-vous un surnom ?
Nez [puis raturé, le mot « nègre »]
De quoi rêvez-vous ?
Du futur.

Interview de Michael par téléphone depuis sa maison à Encino, Californie, février 1977.


L.R. : Vous faîtes ça depuis plus de 10 ans maintenant ; vous êtes-vous déjà demandé, si vous pouviez avoir une vie différente, que feriez-vous ?
M.J. : Je ne sais pas… C’est beaucoup de plaisir, on apprend beaucoup de choses, et on fait beaucoup de choses. Aujourd’hui, j’écris beaucoup de chansons. J’écris beaucoup de chansons depuis longtemps. Je pense les enregistrer à l’avenir.
L.R. : Et qu’en est-il de la célébrité, comme quand récemment vous êtes allé à New York par exemple, au Regine, avec Andy Warhol ?
M.J. : [Rires]. Ca fait partie de la vie d’artiste. Vous savez, les gens vous parlent, et ils veulent tout savoir de vous. Et beaucoup d’artistes ne savent pas ça, mais les interviewers aident les artistes à 100 %. Je ne parle pas de promotion, je veux dire quand ils vous posent des question, ça vous aide à regarder votre avenir en face, comme quand ils vous demandent ce que vous pensez faire dans 10 ans. Les interviewers mettent les artistes en position de penser à leur vie, où ils vont et ce qu’ils devraient faire ou ne pas faire. C’est donc important, ça l’est vraiment.
L.R. : Pensez-vous que vos frères soient soulagés de ne pas avoir la même charge que vous en tant que chanteur leader ou pensez-vous qu’ils soient jaloux de l’attention qu’on vous porte ?
M.J. : Non, jamais. Tout le monde sait que nous avons un certain job à faire quand nous sommes sur scène, mon rôle est de chanter, de danser et de mener la plupart des chansons. Ils savent que c’est mon rôle et ils remplissent le leur.
L.R. : Avez-vous déjà eu des doutes, ou des inquiétudes de ne pas être capable de la faire ?
M.J. : Non, parce que c’est ce que j’aime faire. Je n’ai jamais pensé que je ne pourrais pas le faire, c’est juste une sensation au plus profond de moi.
L.R. : Vous n’en avez jamais eu assez, vous n’avez jamais été épuisé, vous ne vous êtes jamais ennuyé ?
M.J. : Je me suis parfois ennuyé… ouais. On doit attendre dans une chambre d’hôtel, et tous ces fans qui frappent à la porte ou qui attendent dehors, et tout ce qu’on peut faire c’est rester dans sa chambre. On ne peut aller nulle part. C’est dans ces moments-là que je peux dire que je m’ennuie. Mais on a une obligation envers les fans, ce sont eux qui font ce qu’on est. Ce sont eux qui achètent les disques, donc les artistes qui ne signent pas d’autographes ont tort. Quelqu’un qui fait ça ne peut pas dire qu’il a raison, parce qu’il a tort… parce que s’il fait un concert et qu’il n’y a personne, il ne pourra pas faire son concert. Donc il le leur doit.
L.R. : Sortez-vous avec des filles ? Vous avez des rendez-vous ?
M.J. : Non, je ne sors pas, non. Ca ne m’intéresse pas vraiment en ce moment. J’ai les filles et tout, mais [rires]… Oh, vous pensez que je suis homo ? Non ! C’est que ça ne m’intéresse pas pour l’instant.
L.R. : La plupart des jeunes de 18 ans ne doivent pas se lever chaque jour pour aller répéter ou partir en tournée ou travailler 12 heures par jour : ils ont des petites amies, ils font du sport, ils font leurs devoirs, ils ont une vie différente et ils ont une vie différentes pour des années. Est-ce que ça vous pèse ?
M.J. : Non, parce que c’est ce que j’aime faire. Si c’était un travail, je pense que ça n’aurait pas duré si longtemps. Je serais probablement devenu fou.
L.R. : Pensez-vous avoir un don spécial ?
M.J. : Eh bien, il y a quelque chose comme le talent. Et ouais, je pourrais dire que c’est vrai… Prenons l’exemple d’un artiste, il peut dessiner tout ce qu’il regarde, il peut le dessiner. Et vous prenez quelqu’un d’autre, qui ne pourra pas dessiner la moindre personne. Regardez la différence.
L.R. : Prenez-vous des vacances ?
M.J. : J’aime rester à la maison parce que nous voyageons tout le temps, donc si nous avons du temps libre, nous ne partons pas en vacances. Nous voyageons suffisamment quand nous travaillons.
L.R. : Qui vit dans la maison familiale maintenant ?
M.J. : Moi, Janet, Randy et LaToya.
L.R. : Aucun autre de vos frères ?
M.J. : Uh-uh. Les autres vivent ailleurs et sont mariés.
L.R. : Marlon ?
M.J. : Il est marié et il a un bébé.
L.R. : Je ne le savais pas. Comment s’appelle sa femme ?
M.J. : Carol… Mais n’imprimez pas ça.
L.R. : Vous n’êtes pas supposé dire qu’ils sont mariés ? Et Jackie ?
M.J. : C’est ça, pour aucun d’entre eux. Ne parlez pas de ça.
L.R. : Quoi ? C’est un peu ridicule…?
M.J. : Je sais.
L.R. : OK, changeons de sujet. Vous êtes chez Epic Records maintenant, est-ce que Motown vous manque ?
M.J. : Le bon vieux temps à la Motown me manque. Quand nous sommes arrivés la première fois, nous habitions chez Diane [Diana Ross] et nous jouions chez les Gordy. Nous allions à Disneyland et nous faisions du vélo et toutes sortes de choses.
L.R. : Avez-vous vu Diana Ross dans « Lady Sings the Blues » ou « Mahogany » ? Voulez-vous devenir acteur ?
M.J. : « Lady Sings the Blues » était beaucoup plus grand que « Mahogany » parce qu’elle pouvait plus s’impliquer. Ca parlait de cette chanteuse, de la drogue… Un vrai acteur peut tout jouer, mais je veux faire quelque chose qui appartienne au show business. Comme dans « Magahony », Diana est superbe, mais ce n’est pas une vraie actrice [pas autant que dans « Lady Sings the Blues]… Elle a inspiré beaucoup de gens.

Interview avec Michael par téléphone depuis Encino, Californie, 9 juin 1977.


M.J. : Nous rentrons d’Europe et nous avons joué pour la Reine d’Angleterre en Ecosse. Nous l’avons déjà fait il y a 5 ans pour sa mère, mais cette fois-ci c’était pour elle et son mari, le Duc d’Edimbourg. Ils nous ont demandés et ça a été un honneur pour nous. Après ça elle est venue en coulisses et elle a dit « Etes-vous venus ici pour jouer juste pour moi ? « . Et nous avons répondu « Oui ». « Où allez-vous ensuite ? ». «A Londres ». « Vous êtes tous frères ? ». « Oui ». ET elle a dit que notre concert était très plaisant. Son mari était très intéressé, il a dû passer cinq minutes à nous demander si nos parents étaient musiciens : de quel instruments jouaient-ils, de quel instrument jouait ma mère ? Ma mère jouait de la clarinette dans un groupe, et mon père jouait dans un groupe appelé les Falcons, c’était un groupe local. La Reine portait sa couronne et une robe rose avec plein de perles et de rubis et de diamants partout. Elle porte beaucoup de bijoux. Les producteurs et les organisateurs du Jubilé nous ont dit que la Reine avait fait lors du concert quelque chose qu’ils ne l’avaient jamais vue faire, elle a tapé dans ses mains au rythme de la musique et secoué la tête. Nous étions vraiment heureux d’entendre ça : ça sort de l’ordinaire et j’étais content.
L.R. : Avez-vous eu le temps de faire du tourisme ?
M.J. : Eh bien, nous avons l’habitude de rester sur place si peu de temps, nous faisons notre concert et nous partons le lendemain. Mais j’ai passé du temps à Londres pour voir Big Ben, que j’avais déjà vu avant. J’ai vu le London Bridge et Whitechapel, ou Jack l’Eventreur découpait les gens… c’est effrayant. En Ecosse, j’ai vu Loch Lomond, c’est tout près de Loch Ness… Nous avons vu de vieux châteaux. Nous n’avons pas vu la relève de la garde cette fois-ci, mais nous avons approché des gardes et nous avons pris des photos. Mais le concert de Londres était beaucoup plus endiablé, j’ai pensé que nous ne partirions jamais. Pendant tout le show il y avait des filles qui couraient, l’une après l’autre, sur la scène, de pauvres enfants étaient complètement écrasés. Deux policiers ont été poignardés. La fois dernière a été plus rude, il y a quelque chose de spécial dans l’excitation en Europe… Les adolescentes et l’excitation de la Beatlemania. Ils ont appelé ça la « Jacksonmania ».

Interview avec Michael par téléphone depuis la Californie, 3 août 1978.


L.R. : Après avoir tourné « The Wiz » ici, vous m’avez dit que vous vouliez revenir à New York et y passer plus de temps.
M.J. : J’adore, c’est l’endroit parfait pour moi, pour les choses qui m’intéressent dans la vie. Quand je suis à New York, je me lève tôt et je suis prêt à commencer la journée. J’ai un emploi du temps complet : je vais aller voir cette pièce de théâtre à ce moment-là, je vais aller déjeuner, je vais aller voir un film, c’est ce que j’aime, il y a tant… d’énergie. Quand je rentre à la maison, je pense à retourner à New York. J’aime les grands magasins, j’aime tout.
L.R. : On vous a vu avec Janelle Penny Commissiong, ancienne Miss Univers. Est-ce que vous vivez une relation ?
M.J. : [Rires]. Il est difficile de répondre à cette question. Comme la plupart des gens vous pouvez me voir accompagné, comme Tatum [O’Neal] ou Janelle, ce sont des amies, et [rire hystérique]… Je parle avec elles. Je ne sais pas comment décrire ça, vraiment [plus de rires]. Je ne sais pas quoi dire.
L.R. : OK, changeons de sujet. Comment était-ce de travailler avec Diana sur « The Wiz » ?
M.J. :C’était incroyable, merveilleux. J’ai tant appris d’elle. Nous sommes comme frère et sœur, vraiment. Elle ma beaucoup aidé, elle s’assurait que j’allais bien sur le plateau ; chaque matin elle venait me voir pour me demander si j’avais besoin de quelque chose. Elle était très protectrice. J’ai beaucoup aimé le monde du cinéma ; j’ai plus aimé ça que la réalité. Parfois je souhaiterais me réveiller le matin dans une grosse production de danse.
L.R. : Dans la réalité, aimez-vous toujours rencontrer vos fans ?
M.J. : J’apprécie tout ça parfois, voir des gens qui m’aiment, ou qui achètent mes disques. Je pense que c’est du plaisir, et j’apprécie de rencontrer mes fans et je pense que c’est important. Mais parfois les gens pensent que vous leur devez votre vie, ils ont un mauvais comportement, comme « C’est moi qui ai fait ce que tu es ». C’est peut-être vrai, mais pas cette seule personne. Parfois vous devez leur dire que si la musique n’était pas bonne, ils ne l’achèteraient pas. Parce que certains pensent réellement qu’ils vous possèdent. Certains disent « Assieds-toi », « Signe ça » ou « Puis-je avoir un autographe ? et je dis, « Bien-sûr, avez-vous un stylo ? », et ils disent « Non, va en chercher un ». Honnêtement, je n’exagère pas. Mais j’essaie de faire avec.
L.R. : Etes-vous content de votre nouvelle voiture ? [Une Silver Shadow Rolls Royce récemment acquise]
M.J. : Oui, c’est ma préférée. Je sais comment la conduire, mais je déteste qu’on me prenne en photo dedans. Vous savez, on voit beaucoup de gens avec leur nouvelle voiture, c’est un peu de l’esbroufe, je n’aime pas vraiment ça.

Interview avec Michael par téléphone depuis Encino, Californie, 4 septembre 1979.


Michael dit qu’il savait que les Jacksons pouvaient produire leur propre album, et le succès de Destiny (sorti en 1978 et disque de platine avec le single « Shake your Body ») leur a prouvé qu’ils avaient raison. « Notre persistance à ne pas abandonner, disant continuellement à la maison de disques que nous ne voulions pas d’autres paroliers, est ce qui les a fait changer d’avis. Vous devez vous rappeler que j’arpente les studios depuis que je suis enfant, et j’ai tout pris. Vous apprenez, vous regardez… J’ai assisté aux sessions d’enregistrement de Stevie [Wonder] et c’était génial. Il était assis là et il faisait tout »

L.R. : Pourquoi avoir quitté votre famille pour travailler avec Quincy [Jones] sur Off The Wall ?
M.J. : Je sentais qu’ils y avait encore beaucoup de choses que je voulais apprendre. Je voulais regarder un géant et je voulais apprendre de lui. C’st pourquoi j’ai voulu travailler avec Quincy. C’est le genre de gars qui n’a aucune limite musicalement : classique, jazz, disco, soul, pop, il a fait des opéras, des bandes originales de films, il a travaillé avec Billie Holiday, Dinah Washington, tous les plus grands, il peut tout faire. Il peut travailler avec moi et faire tout ce que je veux. Je voulais un album qui ne consisterait pas seulement en un style de musique, car j’aime toutes sortes de musique. Je le vois comme de la musique, je n’aime pas étiqueter ça. C’est comme dire cet enfant est blanc, cet enfant est noir, cet enfant est japonais, mais ce sont tous des enfants. Ca me rappelle le préjudice. Je n’aime pas les étiquettes. L’autre jour je suis allé dans un magasin de disques et j’ai vu les Bee Gees dans la catégorie « musique noire ». Je me suis dit, c’est quoi ça ? C’est fou. Si quelqu’un a une chanson qui colle pour moi, j’aimerais beaucoup la faire. Je ne laisserai pas passer une bonne chanson juste parce que je ne l’ai pas écrite. Sur les albums des Jacksons nous écrivons toutes les chansons, mais j’aime aussi entendre ce que les autres font. C’est si plaisant d’entendre des choses que je n’ai pas écrites, je pense, comment as-tu écrit ça ? Comment fais-tu ça ? C’est ce que j’apprécie le plus quand je fais un album solo. On peut voir comment travaillent les gens dans le studio. Avec les Jacksons on fait notre truc dans notre petit monde privé. C’est pour cette raison que je ne voulais pas que les Jacksons produisent mon album. Je ne veux pas le même son, car le mien est différent.
L.R. : Comment était le tournage de The Wiz ?
M.J. : J’avais le temps de vivre. C’est une expérience que je n’oublierai jamais. Je meurs d’envie de faire le prochain film. Ca me tue vraiment, et quand je dis que ça me tue, je veux vraiment dire que ça me tue. Parfois je pourrais juste hurler, mais je suis tellement occupé à d’autres choses, mais ce que je veux faire par-dessus tout c’est de faire un film. Un film reste pour toujours. Je peux partir en tournée et c’est excitant, mais quand c’est fini, c’est perdu pour tout le monde. Mais si je fais un film, je serai là pour toujours, c’est ce que j’aime dans les films : l’instant est capturé, un moment capturé pour l’éternité. Les stars meurent, comme Charlie Chaplin, il est parti, mais ses films sont là pour toujours. S’il avait joué à Broadway et joué dans des pièces de théâtre lorsqu’il était en vie, il serait perdu pour tout le monde. Je dois prendre du temps pour tourner des films, mais je fais toujours les choses selon leur force et le feeling, et je suis toujours mes instincts. Si ça doit arriver, ça viendra, ça arrivera. Ca se fera tout seul.

Dans mes interviews sur deux décennies avec les autres Jackson, j’ai appris que depuis des années Michael mangeait des fruits et des légumes crus tous les jours, et rien d’autre. « Il adore les carottes, le céleri, la laitue, les tomates, les concombres, les pommes, les pêches », m’a dit un jour LaToya. Jusqu’à leurs 18 ans, selon Janet, leur mère Katherine, Témoin de Jehovah pratiquante, emmenait les enfants à la Salle du Royaume, mais en vieillissant ils avaient le droit de choisir leur religion. Au sujet de tout ce que disent les tabloïds sur Michael (en particulier la chirurgie plastique), Janet disait en octobre 1996 que cela faisait partie du show business. « Michael m’a dit quand tu entends quelque chose de mal à ton sujet, mets ton énergie dans autre chose ; il n’est pas bon de pleurer là-dessus. Mets ton énergie dans la musique, ça te rendra plus forte ». Mai avait-elle dit ou non qu’il était bizarre ? « J’ai probablement juste dit « Oh, Michael est fou »… comme pour dire qu’il est idiot, dans le sens de drôle. Il est très calme, mais à chaque fois qu’il dit quelque chose de vraiment drôle, je dis qu’il est fou, mais c’est pour le fun. Et ça a été interprété comme si je disais qu’il est bizarre ». Mais, lui ai-je dit, les gens pensent qu’il est fou, notamment à cause de son changement de visage. « Vous savez, tant de stars font ça, mais le presse ne parle que de certaines personnes. Je pense que si plus de gens avaient les moyens de le faire, ils le feraient aussi. Je ne vois pas où est le mal. On doit se sentir bien dans sa peau. On ne se préoccupe plus de plaire ou non aux gens. Et vieillir c’est une mauvaise chose. Je ne vois pas où est le problème de vouloir rester jeune le plus longtemps possible ». Et le caisson à oxygène ? Il y en a un chez lui ? « Il n’y en a pas chez lui. Je le saurais si c’était le cas. Connaissant Michael, s’il l’avait fait, ce serait probablement parce que c’est bon pour sa voix ».

Son frère aîné Marlon, avec qui il était le plus proche en grandissant, disait en octobre 1987. « Parfois, les choses qu’ils écrivent sur Michael me blessent, mais le principal c’est qu’ils continuent de parler de lui. Peu importe qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises nouvelles. Si on arrête de parler de toi, tu as des problèmes. Les gens ont le droit d’écrire ce qu’ils veulent, mais je ne pense que parfois ils ne sont pas équitables. Tout le monde a le droit de faire ce qui lui plaît dans la vie, pour être heureux, peu importe comment. Les gens ignorent certainement les raisons qui ont poussé Michael à vouloir acheter le squelette [les os d’Elephant Man]. Peut-être qu’au lieu de regarder ça de manière négative, ma première pensée a peut-être été qu’il voulait l’avoir pour son centre de grands brûlés pour que les médecins puissent le regarder et étudier son crâne au cas où un enfant américain ait la même chose. Nous ne sommes pas sur terre pour juger les autres. Je pense que nous sommes sur terre pour nous aimer les uns les autres et apporter de l’harmonie dans le cœur des autres ». A propos du fait que Michael ne se soit pas amusé étant enfant alors que les autres frères faisaient du sport et avaient des petites amies, Marlon n’était pas d’accord. « Ce n’est pas vrai, il a fait les mêmes choses que nous. Nous répétions tous constamment, nous répétions ensemble, et c’est ce qui nous a mené où nous sommes aujourd’hui ». Aucun membre de la famille ne buvait, excepté du vin et du champagne lors de la venue d’invités, ou selon Janet, du brandy quand quelqu’un était malade. Ils avaient des serpents, l’un s’appelait Muscles et un autre Revenge. Ils avaient deux cygnes noirs, un lama, les chiens, deux cerfs et une girafe nommée Jabbar. Michael et Janet étaient tout le temps ensemble après le mariage et le déménagement de Marlon. Janet et Michael faisaient tout ensemble : ils dessinaient ensemble, et quand Michael partait sur les routes il envoyait des boîtes de dessins et de peintures à Janet. « Il ne les signait jamais, mais je savais de qui ça venait ».

La prestation solo à couper le souffle de Michael sur « Billie Jean » en 1983 lors de l’émission spéciale Motown 25 l’a envoyé dans la stratosphère. C’était le moment solo que Michael avait réclamé à Berry Gordy et à la productrice Suzanne de Passe pour donner son accord et apparaître dans l’émission avec ses frères. La rumeur disait qu’au début il avait refusé de leur permettre de filmer son numéro, qu’il avait ensuite donné son accord et qu’il avait approuvé la version finale. Dans les années 80, selon le président de CBS Records Walter Yetnikoff, Michael lui parlait sans arrêt de ses ventes de disques, de marketing et de promotion ; « possédé » est le terme employé par Yetnikoff pour décrire l’implication dans son business au quotidien. Le 7 février 1984, CBS a donné une énorme fête au Museum d’Histoire Naturelle de New York pour 1200 invités pour célébrer le méga succès du « Thriller » de Michael Jackson. L’invitation était imprimée sur un gant, le Président Reagan et son épouse avaient envoyé un télégramme ; Yetnikoff a présenté Michael comme étant le plus grand artiste de tous les temps, et quelques jours plus tard il m’a annoncé que Michael subissait encore des pressions pour partir en tournée avec ses frères.

Déjeuner à la Tavern on the Green pour l’annonce du Jacksons Victory Tour, New York, 30 novembre 1983.


Le promoteur Don King a annoncé le prochain Jacksons Vitory Tour. Il a parlé des Jackson et de lui-même, à quel point la tournée serait merveilleuse, a présenté les parents Jackson et les célébrités présentes dans la salle (Dustin Hoffman, Andy Warhol, Roberta Flack, Ossie Davis et Ruby Dee, et quelques boxeurs). King a dit que ce serait la plus grande et plus lucrative tournée de tous les temps, la plus grande ceci, la plus grande cela. Il a cité Shakespeare, et il a présenté les garçons. Michael a présenté ses sœurs et les femmes de ses frères, c’était un croisement entre une conférence de presse pour un combat pour le titre poids lourd et l’annonce d’un retour.

Le Jacksons Victory Tour, 1984.


Michael voyageait séparé de ses frères sur la tournée. Il venait d’envoyer à Don King une lettre disant que King ne pourrait communiquer avec personne au nom de Michael sans sa permission préalable, que les représentants de Michael étaient là pour récolter l’argent pour sa participation à la tournée, et que King ne pourrait engager personne pour travailler sur la tournée sans l’approbation de Michael. Michael parlait du Victory Tour comme du « dernier tour de piste » ou du « dernier lever de rideau » pour le groupe. Le 4 août 1984, je suis allée voir le concert au Madison Square Garden avec le leader et chanteur du groupe Van Halen, David Lee Roth, et nous avons rencontré Michael dans un coin privé du Jardin de la Rotonde. J’étais surprise de découvrir à quel point Michael semblait différent de celui que j’avais rencontré la dernière fois, du maquillage qu’il portait (il en avait laissé sur mes vêtements en m’embrassant pour me dire bonjour), mais ce qui m’a surpris le plus c’était de voir à quel point il était au courant de qui était David Lee Roth, probablement grâce au nombre de disques vendus par Van Halen et leur position dans les charts. Plus tard, lors d’une interview téléphonique depuis Los Angeles le 15 février 1985, Michael m’a avoué ses problèmes sur la tournée et les pressions exercées par sa famille, spécialement après qu’il ait connu cet énorme succès solo.

L.R. : Je ne vous avais pas vu depuis le Madison Square Garden.
M.J. : Je sais. Qu’avez-vous fait ? Vous aimez toujours New York ?
L.R. : Bien sûr.
M.J. : Plus que L.A. ?
L.R. : Vous savez, je ne suis pas allée à L.A. depuis longtemps…
M.J. : Vous ne nous aimez pas ici ?
L.R. : Je pense que c’est trop…clinquant. Bon, étiez-vous heureux sur la tournée ?
M.J. : Eh bien… ummm… Ca dépend. Je n’ai jamais vraiment voulu travailler avec beaucoup des personnes que nous avions autour de nous, mais tout était une question de vote. C’était injuste pour moi, vous savez ? J’étais en minorité beaucoup de fois. Je n’ai jamais aimé procéder de cette façon. J’ai toujours aimé travailler avec toutes les personnes qui sont considérées comme excellentes dans leur domaine. J’ai toujours essayé de faire tout en première classe. Travailler avec les meilleurs. Mais c’était une autre histoire avec la famille. Et le fait que ça ait été la plus grande tournée qui ait jamais eu lieu, et que mon succès soit si accablant, c’est comme s’ils attendaient de faire un lancer de fléchettes…Vous savez, une fois Barbra Streisand a dit… Um, je l’ai enregistré, elle disait que premièrement elle est apparue, elle était nouvelle et fraîche, tout le monde l’aimait, ils l’ont mise sur un piédestal et alors… ils l’ont renversée. Et elle se sentait, vous savez, « Oh, c’est donc ça ? ». Vous savez, c’est un être humain, elle ne peut pas encaisser ça, elle ne peut pas oublier.
L.R. : Eh bien, quand on devient si grand, il y a des répercussions… les gens deviennent jaloux.
M.J. : Je sais. Steven Spielberg a connu ça. Mais je suis une personne forte. Je ne laisse personne me déranger. J’aime faire ce que je veux et je pourrais déplacer des montagnes et faire des choses encore plus grandes et encore meilleurs parce que ça rend les gens heureux.
L.R. : J’ai entendu que des fans avaient été déçus parce que le prix des places était trop élevé.
M.J. : Vous savez, ce n’était pas mon idée. Rien de tout ça n’était mon idée. J’ai été mis en minorité. Je veux dire, vendre par correspondance… Je ne voulais pas ça, je ne voulais pas que le prix des places soit fixé de cette façon… notre production était si énorme, ça aurait dû suffire pour gagner de l’argent, mais malgré tout, je ne voulais pas que le prix soit si élevé. Mais… j’étais minoritaire… Don King… tout ça, j’étais minoritaire. Et c’est difficile, spécialement quand ça vient de la famille. Comme le disait Lionel Richie avec les Commodores, il ferait la même chose, et il dirait « Est-ce qu’on peut en parler ? ». Mais ce ne sont pas ses frères… C’est dur de voir ses frères déçus de quelque chose, de les regarder dan les yeux et de le voir, et qu’ils n’en parlent pas. Mais je vais faire de meilleures choses dans le futur, encore plus grandes. Je suis contraint de faire ce que je suis en train de faire, mais j’adore être sur scène. J’aime créer et proposer de nouvelles choses inhabituelles. Etre une sorte de pionnier. Vous savez, être innovant. Ce qui m’excite c’est d’avoir des idées, pas d’avoir de l’argent ; les idées, c’est ça qui m’excite.
L.R. : L’idée c’est que vous êtes isolé, enfermé, vous ne pouvez aller nulle part…
M.J. : Eh bien, il y a beaucoup de ça, mais j’ai la chance de m’amuser vous savez. Je projette des films, et joue à des jeux et j’ai des amis, et j’adore les enfants. Je joue avec eux, c’est l’une de mes choses préférées. Etre sur scène est amusant. Ca me manque, mais je suis en train d’écrire plein de bonnes choses et je suis très excité par les chansons que je vais sortir.
L.R. : Où que j’aille dans le monde, j’entends vos chansons.
M.J. : Eh bien, ça prouve juste que ce qu’on met dans quelque chose finit par ressortir. J’ai mis mon âme, mon sang, ma sueur, et mes larmes dans « Thriller ». Vraiment. Mais pas seulement sur « Thriller », je faisais « E.T. » en même temps, la bande originale. Et c’était beaucoup de stress. Mais quand on a mixé l’album « Thriller » pour la première fois, ça ressemblait à de la merde.
L.R. : Quoi ?
M.J. : Oh, c’était terrible. J’en ai pleuré à la séance d’écoute. Je disais « Je suis désolé, mais on ne peut pas sortir ça ». J’ai organisé une réunion avec Quincy, et tout le monde à la maison de disques hurlait qu’il fallait le sortir, qu’il y avait une date limite, et j’ai dit, « Je suis désolé, mais je ne sors pas ça ». Je disais « C’est terrible ». Donc nous avons refait un mix en une journée. Puis nous nous sommes reposés deux jours, et nous avons remixé. On était surchargé de travail, mais ça s’est bien passé.

Michael Jackson introduit en tant qu’artiste solo au Rock and Roll Hall of Fame, Waldorf Astoria, New York, 19 mars 2001.


Michael porte un costume blanc et est entouré d’énormes gardes du corps, et de son ami le rabbin Schmuley Boteach qui, à cette époque, était (par manque de mot plus approprié), son conseiller "spirituel". Michael se tient contre le mur de la cuisine à gauche de la scène (qui sert de « coulisses » lors des cérémonies du Hall of Fame), lorsque j’ai croisé son regard. « Lisa ? », a-t-il dit. Nous avons commencé à nous rapprocher l’un de l’autre mais ses gardes du corps sont déjà sur moi. « Non ! Ca va », leur dit-il avec force, de son autre voix, pas celle qui murmure, pas celle qu’il utilise en public, mais celle qu’il utilise quand il parle à un avocat ou à un cadre de maison de disques. « C’est une amie ».
C’est la dernière fois que je l’ai vu.

Epilogue : Lorsque j’écrivais, l’an dernier, l’histoire de la Motown pour VF, Jermaine voulait que les frères participent. Annie Leibovitz et moi-même ne voulions pas interviewer ou photographier les frères sans Michael. Nous avons reçu un message de Jermaine, disant que nous devions contacter le porte-parole de Michael, le Dr Tohme Tohme, qui avait uniquement une boîte postale quelque part en Californie. J’ai écrit une lettre demandant la participation de Michael. Elle est restée sans réponse.

Traduction: Pretty Young Cat