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J. Randy Taraborrelli rencontre les Jacksons à Encino - 1979
Par J. Randy Taraborrelli
Lorsque John Whyman, le photographe, et moi-même [Taraborrelli] sommes
arrivés devant l'inquiétante grille en fer forgé noir au 4641 Hayvenhurst,
le domaine des Jackson, c'était ouvert, mais Whyman a quand même appuyé
sur le buzzer de l'interphone. Nous avions entendu parler des vicieux
chiens de garde alors on ne voulait pas prendre de risques. Une caméra
électronique, installée en évidence sur un poteau de 50 mètres de haut,
a semblé faire un zoom afin de nous voir de plus près. Nos visages -
on l'a appris plus tard - étaient diffusées sur un écran de télévision
dans la cuisine des Jackson. "Vous pouvez entrer", a dit une voix d'homme
mécanique.
Nous avons continué jusqu'au parking, un abri de Cadillacs, Rolls Royces,
Mercedes-Benzes, Datsun 240Zs, et une Pantara. Trois chiens grincheux
qui montaient la garde, qui étaient confinés au fond du parking, se
sont rués sur la barrière. Leurs aboiements féroces faisaient contraste
avec les cris rauques de trois grands paons -dont l'un était complètement
blanc - mis en cage près de là. Le son des paons ressemblait au gémissement
d'un bébé ou au hurlement d'un chat. On a décidé d'attendre dans la
voiture.
En regardant autour de moi, j'ai remarqué une plaque de nom de rue,
Jackson 5 Boulevard, cloué à un tronc d'arbre près de là. A gauche il
y avait un terrain de basket. J'ai jeté un coup d'oil à la maison à
deux étages et j'ai vu quatre visages inexpressifs qui nous dévisageaient
de l'une des nombreuses fenêtres. Michael, LaToya, Randy, et leur mère,
Katherine, avaient leurs visages collés aux carreaux comme s'ils étaient
emprisonnés dans un camp.
Personne ne semblait être prêt à nous porter secours, alors on a foncé,
on est sorti de la voiture, et on s'est dirigé vers la porte d'entrée.
J'ai sonné. La Toya, 22 ans, dans une tenue de tennis blanche, a ouvert.
Quand Michael est arrivé quelques secondes plus tard, elle s'est excusée,
elle est allée au parking, est entrée dans une Mercedes décapotable,
et elle est partie.
"Content que vous ayez pu venir !," A dit Michael en nous serrant la
main.
Il portait un T-Shirt des « Dents de la mer », un jean noir, et un chapeau
de safari, autour duquel sa coupe afro faisait des vagues. Il était
pieds nus et, pour moi, il avait l'air douloureusement maigre. Il parlait
dans un chuchotement de fausset bizarre, qui semblait encore plus doux
que la dernière fois que nous nous étions parlé. Dans une semaine exactement,
il aurait vingt ans.
Michael nous a conduits jusqu'au salon. Un énorme perroquet jaune et
vert était assis perché sur une corniche dehors, à côté de la fenêtre,
et picorait des cacahuètes. Un cacatoès rouge, bleu et vert nous regardait
à travers une autre fenêtre. Il a poussé un cri strident quand nous
nous sommes assis. J'ai soudainement eu l'impression d'être au zoo.
"Comment se fait-il que tu n'ailles pas chercher de la limonade pour
tes invités?" a demandé Katherine à son fils quand elle est entrée dans
la pièce. Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que la mère de Michael
marchait avec un léger boitement, résultat d'une attaque de polio qu'elle
a eu étant enfant. Parfois le handicap était plus prononcé que d'autres.
"Oh, désolé," a murmuré Michael. Il s'est élancé vers la cuisine, me
donnant l'occasion de parler avec sa mère de 49 ans pendant que le photographe
installait son matériel.
La maison, dans laquelle ils avaient vécu depuis 1971, était un mélange
de jaune pale, vert clair, et blanc, une réflexion de la personnalité
amicale de Katherine. Elle était sociable, sympathique, et elle avait
un air serviable. Elle m'a dit qu'elle avait décoré la maison elle-même
en tant que devoir pour son cours de décoration de maison. Elle m'a
dit que les plats préférés de Michael étaient les chaussons aux pommes
et les gratin de patates douces.
"Sauf que maintenant je n'arrive plus à lui faire manger quoi que ce
soit. J'essaie et j'essaie," a-t-elle dit en haussant les épaules.
"Je continue de me dire qu'il mangera quand il aura faim, mais ce gamin
n'a jamais faim. Vous avez vu à quel point il est maigrichon? Ca m'inquiète."
J'ai regardé l'ameublement opulent. "Ces dernières années ont certainement
été bonnes," ai-je dit à Katherine. "Peut-être les meilleures de votre
vie?"
"Pas vraiment," a-t-elle répondu en réfléchissant. "Les meilleures années
étaient quand Michael avait 3 ans et que je chantais des chansons folk
avec lui. Vous voyez, j'avais toujours voulu être une star de la country,
mais qui avait déjà entendu parler d'une star de la country noire à
l'époque? Ces restrictions, encore. Enfin, on avait une chambre pour
les garçons et ils dormaient tous ensemble dans des lits superposés
à trois étages. Avant d'aller dormir, on chantait. Nous étions tous
si heureux en ce temps-là. J'échangerais ma vie d'aujourd'hui et je
donnerais tout ce que j'ai aujourd'hui pour vivre ne serait-ce qu'une
journée quand nous étions à Gary et quand tout était tellement plus
simple. Quand nous sommes venus en Californie, je ne sais pas combien
de fois j'ai dit, "J'aimerais tant que les choses soient comme elles
étaient à Gary." Mais les choses n'ont jamais été pareilles," a-t-elle
tristement ajouté. "Tout a changé maintenant."
Michael est revenu dans la pièce avec deux verres de limonade à la
main. Il m'en a donné un et l'autre au photographe et puis il s'est
assis dans une chaise, dans la position du lotus. Katherine s'est excusée.
Pendant notre interview de deux heures, Michael nous a fait part de
ses idées sur un grand nombre de sujets. "Je ne connais pas grand chose
en politique," a admis Michael. "Rien, je suppose. Quelqu'un m'a dit
récemment que Gérald Ford était président."
Il eut un éclat de rire argentin, comme il le faisait souvent; il était
de bonne humeur et spirituel cet après-midi, rien de la superstar timide
et recluse qu'il allait devenir dans quelque années. J'ai ri avec lui
car je pensait que c'était une blague, mais ce n'en était pas une. Il
était sérieux.
"Je me rappelle de quand il était vice-président," a continué Michael
en réfléchissant. "Ca je m'en souviens. Mais président?" Il a haussé
les épaules. "J'ai loupé ça."
Dans quelques années, Michael deviendrait un homme avide de lecture
et échangerait ses idées en politique avec Jane Fonda. Mais à cette
époque, Michael était plutôt naïf en ce qui concernait les événements
du moment. Très étonné de voir l'isolement extrême de ce garçon de 20
ans, je me suis mis à chercher plus loin. "Comment vous tenez-vous informé
des événements actuels? Vous lisez les journaux? Vous regardez la télévision?"
"Je regarde des dessins animés," m'a-t-il dit. "J'adore les dessins
animés." Ses yeux se sont illuminés. "J'adore tellement Disney. Le royaume
magique. Disneyland. C'est un endroit tellement magique. Walt Disney
était un rêveur, tout comme moi. Et il a réalisé ses rêves, comme moi,
j'espère."
"Mais les événements actuels?"
Michael m'a regardé d'un air déconcerté, "Les événements actuels?"
"Vous lisez le journal?" ai-je répété.
Il a secoué la tête comme pour dire non. "Vous voyez, j'aime le show-business.
J'écoute tout le temps de la musique. Je regarde des vieux films. Des
films de Fred Astaire. J'adore Gene Kelly. Et Sammy [Davis]. Je pourrait
regarder ces mecs toute la journée, 24h sur 24. C'est ce que j'aime
le plus. Le show business, vous savez?"
On a parlé de vieux films pendant un moment, et de sa participation
dans "The Wiz", le film qu'il venait tout juste de finir de filmer dans
lequel il joue l'Epouvantail. Je lui ai demandé ce qu'il considérait
comme sont plus grand défi professionnel.
"D'arriver à faire ce que Joseph attend de moi."
"Joseph? Qui est Joseph?" me suis-je demandé.
"Mon père, Joseph."
"Vous appelez votre père par son prénom?" ai-je demandé.
"Uh-huh."
"Et le fait d'arriver à faire ce qu'il attend de vous est un défi professionnel?"
Michael a réfléchi à ma question. "Oui. Un défi professionnel."
"Et les défis personnels?"
"Mes défis professionnels et mes défis personnels sont la même chose,"
a-t-il dit d'un air gêné. "Je veux simplement divertir. Vous voyez,
quand j'étais en maternelle, l'institutrice m'a demandé ce que je souhaitais.
J'ai demandé une grande maison, la paix dans le monde, et le pouvoir
de divertir... Est-ce qu'on peut parler d'autre chose?"
"Avez-vous des amis à qui vous pouvez vraiment vous confier?"
Michael s'est tortillé. "Non, pas vraiment. Je crois que je suis plutôt
solitaire."
"Et Tatum O'Neal?" me suis-je demandé.
Michael a haussé les épaules. "Elle est gentille. Elle était vraiment
contente pour moi quand j'ai eu un rôle dans « The Wiz ». Elle et Ryan
[Ryan O'Neal, le père de Tatum] étaient à mes côtés, ils m'aidaient
avec mon texte, et je leur dois beaucoup. Tatum me comprends, je suppose.
Elle va m'apprendre à conduire une voiture. Elle me présente à des gens,
des gens célèbres. Mais mes vraies copines, ce sont les filles qui attendent
là, derrière les grilles. Je sors et je leurs signe des autographes
quand je peux. Elles aiment ça. Elles restent d'un côté de la grille,
et moi de l'autre."
"Vous voulez dire que vous gardez la grille fermée?" ai-je demandé.
"Oh, oui. Bien sûr."
"Vous avez d'autres amis?"
"Eh bien, j'ai bien une amie," a-t-il dit. "Une amie très chère et très
proche à qui je peux dire tous mes secrets les plus intimes et les plus
sombres, car je sais qu'elle ne dira rien à personne, à aucune autre
âme vivante. Elle s'appelle..." Il a fait une pause dramatique. "Mademoiselle
Diana Ross."
"Vous avez des secrets sombres et intimes, Michael?"
Il a ri, "Tout le monde a des secrets sombres et profonds."
A ce moment-là, Michael a été rejoint par ses frères Jackie, Tito,
Marlon, and Randy. Michael a parlé du succès du groupe à Motown et de
l'hystérie fanatique due à leur célébrité que Motown a surnommée la
"Jackson mania."
"Une fois chez un disquaire à San Francisco, plus d'un millier de gamins
étaient là," a-t-il dit avec un ton discret. "Ils se sont tous bousculé
vers l'avant et ils ont brisé une vitre. Une gros morceau de verre est
tombé sur une fille. Et cette fille..." il a fait une pause pour l'effet,
"a été égorgée." Michael a fait une trait sur sa gorge avec son index.
"Michael, ne fait pas ça. C'est dégueulasse," a dit son plus jeune frère,
Randy.
Michael a ignoré Randy et a continué son histoire. "Elle s'est fait
égorgée. Et je me souviens qu'il y avait du sang partout. Oh Seigneur,
tellement de sang. Et elle a attrapé sa gorge et elle saignait et tout
le monde l'a ignorée. Pourquoi? Parce que j'étais là et qu'ils voulaient
me toucher et avoir mon autographe." A soupiré Michael. "Je me demande
ce qu'elle est devenue."
"Elle est sans doute morte," Tito a murmuré. Jackie a tenté d'étouffer
son rire. Les fans étaient une malédiction autant qu'une bénédiction.
"On a eu trois chien de garde. L'un s'appelle Heavy, l'autre c'est Black
Girl, et le dernier a pas de nom," Michael a dit. "On en a besoin,"
a-t-il insisté. "Vous voyez, une fois une dame a sauté par dessus la
grille, elle est allée dans la maison et s'est assise dans le cabinet
de travail. On est rentré à la maison, et elle nous a regardé et qu'est-ce
qu'elle a dit?" Il a regardé Marlon. "Qu'est-ce qu'a dit cette dame?"
"Elle a dit, 'Je suis là car Dieu m'a envoyée ici,'" Marlon a répondu.
"Oui, Dieu l'avait envoyée," Michael a répété.
Jackie a encore ri. "Ouais, Dieu l'a envoyée s'asseoir dans le bureau
des Jackson 5 et attendre qu'ils reviennent pour qu'elle ait leur autographe,
et peut-être même sa photo avec eux. Elle avait une mission divine à
accomplir. La vache, c'est drôle."
"Et puis une fois, une famille entière a réussi a entrer dans la propriété,
et ils on visité toute la maison," Michael a continué. "Ils ont fouillé
dans toutes nos affaires. Ils ont trouvé toutes nos affaires personnelles.
Et Janet était restée ici toute seule. C'était effrayant. Et parfois,
les fans nous posent des questions bizarres. Ils ne croient pas qu'on
est réel. Une fois une fan m'a demandé la chose la plus gênante et ça
devant tout le monde. Elle a dit, "Est-ce que vous allez au toilettes?"
J'étais tellement gêné."
En plein milieu de l'interview, la taquinerie innofensive des frères
est devenue plus mauvaise lorsque quelqu'un a comencé à parler de surnoms.
"Mike a un surnom," a mentionné Jackie. "Il est vraiment bon."
Le visage souriant de Michael est devenu mortellement sérieux. "Fais
pas ça, Jackie," a-t-il dit d'un ton menaçant. Il a regardé ailleurs.
"On l'appelle-"
"Je vous en prie, les gars!" a supplié Michael.
"Big Nose," [ndt : Gros Nez] Jackie a continué, ignorant l'embarras
de Michael.
Les frères ont ri entre eux. Le visage de Michael est devenu tout rouge.
"Oui, Big Nose," Marlon a répété en souriant. "On l'appelle Big Nose."
Marlon a tapé Michael gentiment sur le bras. "Qu'est-ce qu'y a, Big
Nose?"
Mais Michael ne riait pas. Il avait l'air d'être en train de se refermer
sur lui-même à l'intérieur. Les autres l'ont ignoré, en continuant leur
jeu jusqu'à ce que Michael soit au bord des larmes. Après il n'a quasiment
rien dit de l'après-midi.
"C'est pas drôle, les mecs," Tito a dit d'un ton monotone.
Après l'interview, on est allé dehors pour prendre des photos dans
la chaleur du soleil californien. Le père, Joseph Jackson, un homme
baraqué de 1m80 avec un grain de beauté sur le visage, une très fine
moustache, et une bague rosâtre avec un diamant de la taille d'une bille,
est arrivé en se pavanant dans la cour. "Les garçons ne feront pas de
photos," a-t-il dit au photographe Whyman.
"Mais le publicitaire de chez Epic a dit qu'on devait venir habillé
pour des photos," a protesté Marlon.
"Peut-être pourrions-nous faire quelque clichés avec vous," Whyman a
proposé, espérant convaincre Joseph. Joe a réfléchi à la proposition.
Il a pris une profonde respiration et gonfla sa poitrine. "Faisons quelques
photos, les garçons." Après la séance photo, le photographe et Michael
sont allés vers les volières à côté, qui étaient remplis de grands oiseaux
colorés. Joseph Jackson est venu vers moi.
"Vous voyez, j"ai une philosophie sur le fait d'élever des enfants,"
a-t-il dit soudainement, alors que je ne lui avait pas posé la question.
"Mon père était strict. Il était instituteur, et il m'a traité comme
si j'étais l'un de ses élèves, pas comme si j'étais son fils. Je n'ai
jamais eu de traitement de faveur de sa part. Et je suis content que
ça ait été ainsi. J'ai été élevé très sévèrement quand j'étais jeune,
et j'ai été capable de réussir beaucoup grâce à cela. Et mes enfants
ont été élevés sévèrement, et regardé tout ce qu'ils ont réussi. Je
pense que les enfants devraient avoir un peu plus peur de leurs parents.
C'est bon quand ils ont un peu peur de vous. C'est bon pour eux, et
c'est aussi bien pour les parents. J'ai fait de mon mieux avec les garçons,
tout mon possible."
"Vous ont-ils jamais déçu?" ai-je demandé.
Joe a réfléchi the question. "Oui, beaucoup," il a dit. "Regardez le
cas de Jermaine. Jermaine est là-bas avec Motown au lieu d'être avec
nous. Il a choisi Berry au lieu de moi. Est-ce que vous savez ce que
je peux ressentir? Ca fait profondément mal. Ca fait mal juste ici."
Joe a cogné le côté gauche de sa poitrine avec son poing fermé.
"J'ai été déçu de nombreuses autres fois," a-t-il poursuivi. "Mais je
ne crois avoir jamais laissé tomber mes garçons. Si je l'ai fait, tanpis
pour eux. On fait du mieux qu'on peut quand on élève des gosses. Ca
les a aidés de savoir qu'ils obtiendraient quelque chose de bien à l'issue
de tout ça.
"Mes garçons, ils ont toujours été divertis, et ils m'avaient pour les
faire répéter. Et ils pratiquent aussi des sports qui forgent le caractère
comme le foot ou le base-ball," il a dit avec fierté. "Ils vous ont
dit ça? Jackie aurait pu être joueur de base-ball s'il avait voulu.
Avec les plus grands. Chicago White Sox. Ils sont tous bons en sport.
A part Michael. Il n'a jamais pris une bat de sa vie." Joe a dit en
souriant. "Il ne saurait pas quoi faire d'une bat. On l'embête avec
ça, mais il aime pas trop ça. Michael a toujours été très, très sensible.
"Autre chose que vous devriez savoir à propos de Michael," Joe a dit,
"c'est que depuis qu'il a quatre ans il a voulu être un artiste. Et
il a toujours voulu être numéro un. C'est pour ça qu'il s'énerve quand
il fait du sport, parce que ses frères peuvent le dépasser, et il ne
peut pas être numéro un. Mais en musique, Michael sait qu'il est le
meilleur. Numéro un," Joe a répété en hochant la tête. "C'est ce que
Michael a toujours voulu être. Numéro un.
"Et à propos de Michael, Marlon m'a dit ce qui c'était passé. Vous n'allez
pas écrire cette histoire sur son surnom, n'est-ce pas?" il a demandé.
Je lui ai dit que je n'étais pas sûr de ce que j'allais faire.
Il n'aime pas le surnom qu'ils lui ont donné. Liver Lips." [ndt : Lèvres
rouge-marron pulpeuses] "Liver Lips? Ils m'ont dit que son surnom était
Big Nose."
"Oh, oui," Joe a dit. "Ce garçon est si susceptible en ce qui concerne
son nez. Vous trouvez que quelque chose ne va pas avec son nez?" J'ai
secoué la tête pour dire non. "Non, pas du tout."
"Moi non plus," a dit Joe. "Mais il ne parle que de ça. Son foutu nez.
Il menace de le faire refaire. Qu'est-ce qu'il peut en faire?" Joe avait
l'air perplexe. "Je lui ai dit que je lui casserai la figure s'il se
le faisait refaire." A-t-il dit en riant. "On ne refait pas quelque
chose qui n'est pas cassé. Il a un nez super. Il ressemble au mien."
Après, Michael est retourné dans le salon pour parler encore un peu
de sa vie et de sa carrière. Alors que le photographe et moi le regardions,
il a croisé sa jambe gauche sur son genoux droit et s'est mis inconsciemment
à se curer les ongles des doigts de pieds.
"Quand je suis sur scène, je ne suis pas le même. Je suis différent,"
a-t-il fait remarquer. "Je crois que je suis un genre d'accro à la scène.
Quand je ne peux pas être sur scène pendant un long moment, j'ai des
crises et je deviens vraiment dingue. Je me mets à pleurer, j'agis de
façon bizarre et complètement délirante. Je vous jure, c'est vrai. J'me
mets à danser dans la maison ."
Il s'est mis à parler précipitamment. "C'est comme si une partie de
moi-même manquait et que je devais la récupérer, parce que si je ne
le faisais pas, je ne serais pas entier. Alors je dois danser et je
dois chanter, vous savez? J'en ai vraiment besoin. Je ne suis bien que
sur scène. Je ne me sens pas bien avec des...," il a fait une pause,
cherchant le mot exact, "gens normaux. Mais quand je suis sur scène,
je m'ouvre au monde et je n'ai aucun problème. Quoi qui puisse être
en train de se passer dans ma vie n'a plus d'importance. Je suis là,
je ne me préoccupe plus de rien, et je me dis, "Ca y est. Je suis chez
moi. Je suis exactement là où je dois être, là où Dieu a voulu que je
sois." Je n'ai aucune limite lorsque je suis sur scène. Je suis numéro
un. Mais quand je ne suis pas sur scène," il a haussé les épaules, "Je
ne suis pas vraiment..." Il s'est encore interrompu pour trouver le
bon terme. "Heureux."
Plus tôt dans la journée, j'avais interviewé Sydney Lumet, le réalisateur
de « The Wiz ». "Michael Jackson est le plus grand artiste qui ait été
révélé depuis James Dean, je suppose," Lumet m'a dit. "C'est un acteur
et danseur génial, probablement l'un des rares artistes avec qui j'ai
travaillé. Son talent est incroyable."
J'ai fait part de la remarque de Lumet à Michael. Il a eu l'air gêné
pendant un moment. "Qui est James Dean?" a-t-il demandé.
Plus tard, il a parlé de son rôle de l'Epouvantail dans "The Wiz". "Ce
que j'aime à propos de mon personnage," a-t-il observé, "c'est sa -
je suppose qu'on pourrait appeler ça - sa confusion. Il sait qu'il a
ces, uh, ces problèmes - si on peut appeler ça comme ça. Mais il ne
sait pas exactement pourquoi il les a ni comment ça lui est arrivé.
Et il comprend qu'il voit les choses différemment des autres, mais il
n'arrive pas à en connaître la raison. Il n'est pas comme les autres
gens. Personne ne le comprend. Alors il vit toujours avec cette, uh...,"
il a fait une pause, "confusion."
Michael Jackson a arrêté de regarder ses doigts de pied pendant une
fraction de seconde. "Tout le monde croit qu'il est très spécial," a-t-il
conclu, "Mais, en fait, il est très triste. Il est tellement, tellement
triste. Vous comprenez?" a-t-il demandé. "Vous comprenez sa tristesse?"
Traduction réalisée par Birch pour MJFRANCE.